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ARCHITECTURE - PRINT


Freesh - Sept. 2008

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Maisons et Appartements - Jan. 2009

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AN Shopfitting Magazine - M/J 2013


Concepts & Tendances - Nov/Dec. 2008


Le Monde - Jan. 2012

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Darwineo, entretien avec Cyrille Druart, Mars 2009

Design 2.0
Penser l’évolution de l’industrie, c'est d'abord penser l’évolution de sesmétiers. Voilà de quoi rafraîchir les idées de ceux qui attendent d'un designer qu’il soit un décorateur d'objets au service du marketing.

 

Quelle est votre définition du métier de designer ?

Le mot « Designer » est très vague en français. Il I’ est beaucoup moins en anglais car c'est une langue plus conceptuelle et contextuelle. On dit « Graphic designer » pour un graphiste, « sound designer » pour un arrangeur de sons, « Web designer » pour une personne travaillant sur laconception de sites internet et l'ergonomie des interfaces. Pour moi, la meilleure définition est « concepteur », ou « inventeur ». C'est un métier extrêmement large, et qui n'est finalement qu'une expression personnelle à travers un medium particulier. Chaque designer vous donnera une définition différente de son métier, certains se considèrent comme des décorateurs, des stylistes, etc.
Le designer tel que je le vois, et tel que j'essaye d'être, a l’obligation d'avoir la vision la plus large et lointaine possible, non pas pour essayer de deviner ce qui va se passer dans cinq cent ans mais pour apporter des solutions plus adaptées à l'homme, en fonction des mutations actuelles, au niveau social, industriel.
Il faut donc absolument comprendre le présent pour se projeter. Ce que je fais n'a rien à voir avec de la décoration. Je ne travaille pas la surface des choses, mais le sens, en essayant de ne pas rajouter d'éléments mais au contraire de nettoyer les espaces ou les produits. En épurant au maximum, on atteint l'essence des choses, qui apparaît dans une forme directe et crée une image immédiatement compréhensible.
Le travail du designer est directement relié à la sémantique et la philosophie.

 

Quelle place tient le design dans l'industrie aujourd'hui ?

Je vois toujours deux directions, qui ne sont pas forcément divergentes, mais qui reflètent deux points de vue.
D'une part, les designers formels, que j'appelle les enveloppeurs. Il ne s'agit pas dans cette démarche de repenser ou même de remettre en cause la structure des choses, par exemple une technologie particulière, mais de simplement enrober cette connaissance technique - qui n'est finalement que le seul intérêt du produit - par une coque, qui sera certes travaillée mais qui n'apportera rien de plus à l'objet. Je pense que c'est une approche simpliste. Elle n'est malheureusement Iiée qu'au marketing, c’est-à-dire que les formes d'un produit sont dessinées à partir d'une réflexion commerciale, qui est censée faire vendre davantage. On peut alors se demander quels bénéfices, nous acheteurs, pouvons en tirer. C'est souvent un mensonge comme un autre, et ce n'est pas acceptable.
Dans un autre registre, il y a le concepteur. C'est une personne qui est à l'origine des choses. Quelqu'un qui ne dessinera pas à tout prix une enveloppe autour d'un circuit imprimé, mais qui travaillera sur les composants électroniques ainsi que sur ce qui l'entoure, en même temps, afin que les deux se fondent totalement en un produit. 0n rêve de choses intelligentes, c’est-à-dire réagissant à des situations précises. De telles applications pourraient tout changer à plusieurs échelles, aussi bien au niveau des produits que nous utilisons tous les jours, qu'en architecture par exemple. Le champ du virtuel est à même de répondre à de multiples besoins actuels, sous une autre forme, beaucoup plus fine et directe.

 

Vous formez vous-même des futurs designers à l’ESAG-Penninghen. En quoi la formation que vous leur apportez change-t-elle de celle que vous avez reçue ?

Avant toute chose, on me laisse une totale liberté pédagogique dans mon programme. C'est très important car dans un métier créatif, il n'y a pas de règle dans la façon de transmettre une idée. La principale différence entre les formations passées et présentes réside dans la transversalité des applications. On ne travaille plus sur des images - au sens large – en deux dimensions. De nouveaux outils sont apparus, qui accélèrent énormément le rendement et le partage des informations. La puissance informatique est en théorie doublée tous les dix-huit mois, et une personne peut désormais réaliser tout un bâtiment avec un ordinateur portable posé sur ses genoux, allongée dans son lit, tout en restant en contact avec le monde entier et en recevant n'importe quel document quelques secondes après son envoi. Cas avancées techniques phénoménales sont profitables à tous les domaines et font que les intermédiaires disparaissent, reliant les personnes directement. L'information transite donc plus rapidement.
On ne développe plus un projet comme il y a dix ans. Même si le travail conceptuel reste le même car seule compte la qualité de la vision primordiale. La 3D informatique peut être une aide précieuse pour vérifier des volumes pendant le développement ou anticiper la réaction de matériaux dans un environnement précis, à plusieurs heures de la journée par exemple.
Je ne dis pas qu'il faut uniquement travailler sur ordinateur, chacun sa méthode - un crayon et une feuille sont imbattables en terme de rapidité d’échange d'idée - mais on ne peut pas ignorer les nouvelles technologies dans une agence de design. Les avantages sont trop nombreux.

 

Aujourd'hui le design porte essentiellement sur les formes, les matières, les sensations. Quelles connaissances nouvelles les designers doivent-ils acquérir et maîtriser ?

Si vous regardez bien tout ce qui nous entoure, vous verrez que les objets et les bâtiments contiennent encore beaucoup trop de matière pour le résultat que l'on en tire. Créer des formes pour la forme est superficiel car cela ne résout rien. Pire, cela peut créer des besoins sous forme d’addictions.
Essayer de libérer l’homme de ce qui l'entoure est pour mol l’intérêt principal de ce métier, pas pour revenir a un passé soi-disant meilleur, mais parce que nous en avons toujours trop. La concentration de technologies va remédier à ces dépenses inutiles, les enveloppes devenir vivantes et sensibles. Au niveau des produits, on sent que la technologie interne commence à « transpirer » vers l'extérieur des coques, les surfaces deviennent multifonctionnelles.
Tous ces changements vont aider à résoudre les problèmes de production et de pollution que nous connaissons aujourd'hui. Créer de nouvelles matières comme simple recherche esthétique n'est pas suffisant à mon avis, elles doivent maintenant apporter de nouveaux services et ne pas se limiter à des enveloppes. 

L’automatisme à tous les niveaux libère I’Homme de la technique et lui permet de se projeter plus rapidement.


VSD - Feb. 2009

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Darwineo, entretien avec Cyrille Druart, Novembre 2008

Bonjour Cyrille pouvez-nous nous présenter en quelques mots le projet I-Way et votre implication dans celui-ci ?

L'l-WAY est né d'une ambition audacieuse : permettre au grand public de ressentir des sensations similaires à celles vécues sur un circuit de course automobile. Ceci est rendu possible par l’intégration d'une technologie issue de l’aéronautique et habituellement utilisée par l‘armée, les compagnies aériennes et certaines écuries de course. Composées de vérins électriques six axes permettant de recréer des mouvements dans les trois dimensions et d‘un véhicule réel monté sur plateforme, ces machines sont ici proposées au public pour la première fois au monde. L’initiateur du concept, Pierre Nicolas est venu me proposer ce projet il y a trois ans et demi, et nous avons immédiatement commencé à travailler ensemble. Mon travail a été de construire une enveloppe autour de ces engins et de concevoir un lieu offrant beaucoup plus que de « simples » simulateurs. Le bâtiment abrite, mis à part les dix-huit machines (six F1, six C2 Rallye, six Pescarolo 24h du Mans), une salle de sport, un spa, une boutique, un bar sans alcool, un bar Iounge restaurant avec des terrasses, des salles de conférence et bien sûr des bureaux pour l’administration, le tout approchant les 7000 m2.

Basé sur une relation de confiance absolue -la seule pour bien fonctionner- et un grand respect mutuel, j’ai endossé les fonctions de concepteur et de directeur artistique et mes clients, devenus mes amis, m’ont donné carte blanche pour développer ce bâtiment. Quelqu’un d’un tant soit peu créatif ne peut fonctionner sans une liberté totale et une marche de manœuvre la plus large possible. J’ai décidé d’être impliqué dans tous les domaines pour un contrôle maximal sur les différents éléments, qui influent inévitablement les uns sur les autres. Cela m’a permis de garder la cohérence de l’ensemble.
 
Comment vous êtes-vous organisé pour donner à ce projet son corps, son identité visuelle ?

Ce bâtiment s'est fait dans des conditions très particulières. Décider de combattre sur tous les fronts nécessite beaucoup d‘organisation. Tout d'abord, j'aborde un projet en visualisant l'image globale. C‘est-à-dire l'image mentale, compilant les éléments majeurs du projet. Elle peut être extrêmement précise, est ce dès le début de la conception, et surgit généralement dès les premières minutes. Cette projection est bonne car elle est fraiche et immédiate. C'est la vision la plus pure qui soit, il ne faut donc pas la perdre. Tout le travail qui suit consiste alors à la mettre en forme, à l'appliquer sur un support, qu‘il soit virtuel ou physique. Ensuite il faut plonger dans le projet, corps et âme, et garder une concentration maximale durant toute la durée de la conception. La création ne peut se faire que dans des conditions optimales. Lorsque je travaille sur une idée, je m'isole totalement, mentalement et physiquement. Il faut vivre le projet pour en ressortir quelque chose d’intéressant et creuser sous la surface. L'image globale de l’l-WAY est venue très rapidement. Vu l'ampleur du projet, il fallait plonger dans quelque chose d'unique, à l'image de l‘activité. Nous avons donc fait un tunnel a l'entrée qui aspire les visiteurs et les projette dans le hall circulaire, à partir duquel ils évoluent librement. Le bâtiment est construit sur des moments de liberté totale de mouvement et à l'inverse de confrontation directe avec l'architecture. Je ne voulais pas non plus en faire une vitrine démonstrative mais plutôt un lieu hors du temps, en dehors de toute mode. Nous avons donc décidé de créer un lieu totalement refermé sur lui-même qui incite les passants ne connaissant pas ce qu'il abrite à rentrer en suscitant la curiosité. C‘est une architecture du non-dit.

 

Quels sont les différents éléments externes (contraintes, paramètres particuliers, etc.) que vous avez pris en considération dans votre travail ? Ont-ils changés au fur et à mesure des trois ans que vous avez passés sur le projet ?

Un projet contient une part d‘éléments que l'on peut maitriser, que l‘on peut prévoir, que l'on essaye d'anticiper. Les éléments naturels (budget, organisation générale), ou imprévisibles (problèmes techniques, ou encore de budget) constituent la sphère dans laquelle un projet évolue. Mais l’architecture est un métier de contrainte par définition. Contraintes spatiales par essence, financières, de réalisation technique,... C‘est une question d‘équilibre. Les contraintes sont bonnes car elles permettent de stimuler le cerveau en poussant le concepteur à trouver d'autres moyens, d'autres voies. Mais il y a évidemment une frontière à ne pas dépasser sous peine de voir le projet régresser. C'est tout le paradoxe de ce métier, dans lequel le designer cherche à être le plus libre possible dans sa créativité mais se confronte inévitablement à des problèmes de réalisation. C'est pourquoi il faut toujours pousser la machine plus loin, faire abstraction des difficultés et se lancer une fois pour toute. Tout évolue. Les contraintes perçues comme insurmontables à un moment peuvent devenir des tremplins permettant d‘atteindre d’autres« états » plus tard dans le déroulement du projet. L’intérêt d'un développement à long terme comme l'l-WAY est qu'il permet de faire évoluer les choses et offre des possibilités d’amélioration. Le revers de la médaille est qu'il nécessite plus de travail pour tenir la vision dans sa forme première et ne pas perdre des éléments en route. Sur un projet à court terme, l'idée n‘a pas le temps de s'évaporer, elle reste fraiche.

 

Vous dites préférer travailler seul, que la création n'est pas basée sur un travail d'équipe mais sur une réflexion personnelle et intime. Pouvez-vous développer ?

Le développement d'un bâtiment, depuis sa conception jusqu'à sa réalisation, peut s’apparenter à aller de A à B, en essayant de maintenir la ligne la plus droite possible, une fois la conception élaborée. La bonne matérialisation de l'Idée, c'est-à-dire celle la plus proche de son image conceptuelle ne peut se faire autrement. Bien sûr cette ligne d'apparence droite sera, à plus petite échelle, constituée de dentelures irrégulières – car elle aura subit des accidents non prévisibles - sans être forcément remarquées. Aller de A vers B le plus rapidement possible, en évinçant les anecdotes et en a nettoyant au maximum les choses pour en faire ressortir leur essence, requiert beaucoup de vigilance.
Plus il y aura d‘intervenants dans le projet, plus il sera difficile de tenir la direction. Décider de concevoir l’l-WAY seul m'a permis de projeter mon imaginaire, de vérifier des concepts, et également de ne pas perdre de temps dans le développement général.
La création est subjective. Elle est l'application d'une pensée particulière dans un domaine. Partager cette vision tend à la tuer et à en faire disparaitre la radicalité. Or je recherche les images marquées et claires. Celles qui nous parlent en une fraction de seconde. Pour atteindre cette immédiateté, il faut des concepts simples. Ce sont les plus compliqués à mettre en forme car ils font abstraction de tout élément décoratif, superflus, et simplifient l’expression au maximum, rendant leur image frappante et directe. Un projet sans concept n'est rien, qu‘il soit formel, symbolique ou autre. Le concept est son âme, la condition sans laquelle tout s'éparpille et rien n'a de sens. Plusieurs personnes à la conception font que la ligne droite tend à partir dans différentes direction, ce qui est normal. Au final la vision s'essouffle et perd de sa puissance de départ. Pour toutes ces raisons, je travaille, quand les conditions me le permettent, seul à la conception.


Freesh - Sept. 2008


Le Figaro - Jan. 2009


Loop Eyewear Magazine - May 2014 (China)